Dakar : du sable et de la couleur (et d’autres trucs)

Samedi dernier, 6 avril, je suis arrivé à Dakar pour participer à une formation encadrée par dans le cadre du concours Mondoblog. Nous sommes 50 blogueurs de la première et de la deuxième éditions du concours, réunis ici pour une semaine de formation au journalisme. Et entre les séminaires, les sessions de formation au campus de l’Agence Universitaire de la Francophonie et autres mondanités à l’ambassade de France, je tente tant bien que mal de découvrir la capitale sénégalaise, une métropole bigarrée, effervescente, venteuse et sableuse. Ce n’est pas souvent que j’ai l’honneur d’être envoyé tous frais payés à 5000 kilomètres de chez moi, et c’est mon tout premier séjour en Afrique subsaharienne, une destination évidemment fascinante et attrayante pour l’Antillais que je suis.

Le fameux monument de la Renaissance africaine surplombe la ville

Ainsi, permettez-moi d’introduire Dakar, la première capitale « vraiment » africaine qu’il me soit donné de visiter, et de partager mes photos et impressions de la grande ville nichée sur le Cap-Vert, comme un grain de beauté (ou une verrue) sur le bout du nez du Sénégal, sur le Finistère de l’Afrique, la péninsule la plus occidentale du continent dit « noir », cernée par l’Océan Atlantique sur trois côtés.

Dakar, c’est la mer. Au nord, au sud et à l’ouest, la ville finit sur de hautes falaises qui plongent à pic dans les vagues hautes et régulières de l’océan. Par endroits, le boulevard côtier, une artère rapide et tout en virages appelée « Corniche » tout comme dans nombre de capitales des anciennes colonies françaises, de Fort-de-France à Beyrouth en passant par Casablanca, la Corniche disais-je, longe une plage, courte et large, où des groupes de sportifs font leur footing ou leurs étirements. Mais personne ne se hasarde dans l’eau. Absolument personne. Il faut dire que les rouleaux sont hauts et puissants. Ou peut-être qu’il y a des crocodiles tapis dans l’écume… La mer, qui enserre et étreint la ville, lui donne aussi un climat agréable et étonnamment frais. Ici, nous sommes en plein Sahel, en bordure méridionale du Sahara, des étendues stériles que l’avion a survolées pendant deux heures après avoir laissé l’Atlas marocain. À Dakar, la végétation est plutôt rabougrie et doit sa survie à la main de l’homme.

La rade de Dakar vue depuis la vedette rapide pour Gorée
Sport collectif sur la plage au crépuscule. Désolé pour la photo de travers, j’étais en voiture et j’ai fait de mon mieux avec les nids-de-poule…

Pourtant, malgré la proximité du désert, on dirait qu’il ne fait jamais bien chaud ici. Les nuits sont frisquettes, les journées sont agréablement ensoleillées, mais diablement venteuses. Je me surprends à porter en permanence mon écharpe providentiellement apportée de Berlin, et le soir, la veste. Les blogueurs antillais, arrivés de Guadeloupe et d’Haïti, maugréent volontiers contre cette piètre contrefaçon de climat tropical. Les Sahéliens de Bamako et de Ouaga, habitués à la fournaise de la savane, grelottent dans la fraîcheur de la brise marine, les Ivoiriens et les Camerounais doublent l’épaisseur de pulls. Il n’y a en somme que les débarqués d’Europe ou du Canada pour ne pas se plaindre d’avoir enfin laissé l’interminable hiver derrière eux. Nous sommes pourtant exactement à la même latitude que la Martinique (14°40 Nord). Première surprise !

Dakar, c’est le sable. Et en prodigieuse quantité ! Le sable enveloppe et recouvre la ville, brunit les feuilles des cocotiers et des baobabs. Une pellicule de poussière grisâtre ternit l’éclat des fleurs tropicales, s’accroche opiniâtrement aux murs et aux portes, prend possession de nos chaussures et de nos vêtements. Le sable tourbillonne dans le vent, nous picote les yeux surpris par une bourrasque soudaine. Mais le plus remarquable, ce sont ces quartiers entiers de la capitale où les maisons et immeubles sont plantés à même le sable, là où ailleurs il y aurait de la pelouse ou des trottoirs… ou des chaussées asphaltées. Dans ces quartiers, les rues ne sont que des bacs à sable géants pour les enfantss, ou alors des arènes urbaines où les élégants mocassins du touriste peu averti et autres blogueurs fashion s’enfoncent pitoyablement tandis que ce dernier tente de garder contenance. Je n’ose imaginer le spectacle pendant la saison des pluies, de juin à octobre. Ça doit être sport.

Une rue du quartier Patte d’Oie, le matin du 10 avril

Dakar, c’est la couleur, l’énergie, l’effervescence. Les « cars rapides », ces antiques minibus décorés et bariolés, souvent dédiés à des « saints » protecteurs vénérés dans l’islam couleur locale, sillonnent les grands axes de la ville à l’allure prudente que leur autorisent leurs moteurs poussifs, que des mécaniciens improvisés ont réparés d’innombrables fois au cours du dernier demi-siècle. Leurs portes et fenêtres sont béantes, des passagers émergent de toutes les ouvertures et s’accrochant à l’extérieur du véhicule, perchés comme des trapézistes sur le point de s’élancer dans le vide, leurs mines pourtant placides et détendues, comme s’il n’y avait nul moyen plus confortable de voyager.

Heure de pointe dans les bus dakarois, au matin du 9 avril
C’est dingue tout de même, cette façon de voyager…

Des femmes africaines au port altier arpentent les rues avec d’un pas assuré, une aura princière émanant de leur auguste personne. Nombre d’entre elles sont vêtues du grand boubou aux couleurs chamarrées, une débauche de violets, de verts, de jaunes, de fleurs et de motifs bigarrés des pieds jusqu’à la tête. Quelle allure, mes aïeux, quelle prestance ! Les pieuses musulmanes préfèrent se draper de voiles moins aguicheurs à la manière des Arabes, certes, mais optent néanmoins pour des robes aux tons chatoyans et des foulards soigneusement assortis. Ou pas. Tant qu’il y a de la couleur, en fait, c’est l’essentiel… La femme sénégalaise, réputée dans toute la « sous-région » (l’Afrique de l’Ouest) pour son inimitable coquetterie, est très apprêtée et maquillée, et se pare volontiers de bijoux somptueux. Contrairement à sa cousine antillaise, elle évite généralement de se découvrir les bras, les jambes, les épaules, et a fortiori, le nombril ! Ici, féminité ne rime pas avec semi-nudité. Les hommes aussi affectionnent les couleurs vives et les imprimés, quoi qu’ils optent le plus souvent pour des tenues plus sobres et discrètes. Mais quelle orgie de couleurs ! Je ne me lasse pas d’observer et d’admirer cette foule grouillante et multicolore. Dakaroises et Dakarois font comme exprès de porter tant de couleur pour conjurer le gris-brun uniformisant du sable et de la poussière. Et je ne vous ai encore rien dit sur les animaux.

Une élégante Dakaroise promène son chi… euh, sa brebis dans les rues de la capitale, le 11 avril.

Le soir, dans les rues du quartier Patte d’Oie, chaque mètre carré de trottoir (ou arpent de sable) est transformé en étal improvisé. Tout s’achète et se vend. Des chaussures, des sacs, des flacons de parfum, de la literie, des enjoliveurs, des bijoux, des souvenirs, des fruits et légumes… Les vendeurs ambulants harcèlent les passants avec une insistance exaspérante. Là, des conversations montent soudain en éclat de voix. On croit au pugilat imminent, mais voilà que tout ça ce termine en un éclat de rire.

Il paraîtrait même qu’ils ont des Louboutin.

Dakar, c’est le riz. Du riz au poulet. Du poulet au riz. Du riz au poisson. Du poisson au riz. Du riz aux légumes. Du riz sans légumes. Du riz au safran. Du riz « rouge », le plat national (avec du poulet ou du poisson). Du riz à la sauce arachide, agrémenté de boeuf ou de poulet. Du riz au piment. Du riz au mouton. Du riz, du riz, du riz. Vous avez déjà mangé du riz à chaque repas pendant toute une semaine ? Notre Père, qui es aux Cieux, donne nous aujourd’hui notre riz de ce jour. On en riz jaune (ha, ha, ha). Tel qui riz vendredi, dimanche pleurera. Hoho. Comment dire : les repas ont cessé d’être une fête, à force. Ça va être long sur la fin, je le sens…

Riz au poisson, le 11 avril

Dakar, c’est la téranga, cette fameuse hospitalité mêlée de convivialité dont s’enorgueillissent vos interlocuteurs. « Bienvenue au Sénégal, le pays de la téranga » est une phrase que le visiteur entend souvent par ici. Au début, la formule semble un peu creuse et vaguement incantatoire, à force d’être répétée comme une sorte de rituel abstrait. Mais à mesure que le séjour se prolonge, et que nous rencontrons des Sénégalais, la téranga devient un concept de plus en plus tangible, concret, sincère. Lorsque l’on se fait recevoir, presque à l’improviste, par le régisseur du plus grand théâtre de la ville, le légendaire théâtre Sorano, pour une courte entrevue, lorsque la directrice du Ballet national du Sénégal ouvre en toute simplicité les portes de son dernier spectacle de danse, et permet à un petit groupe de blogueurs étrangers d’assister à une époustouflante répétition de ballet africain en les traitant comme des invités de marque, on se dit qu’effectivement, le sens de l’accueil et de l’hospitalité est inscrit dans les gènes des Sénégalais.

Toute la troupe du Ballet national du Sénégal pose pour votre dévoué chroniqueur après une répétition au théâtre Sorano, le 11 avril

Dakar, c’est la musique, c’est chic, c’est l’Afrique…

Vivement la suite !

La police la plus classe du monde, c’est à DAKAR
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Berliniquais
Je viens de la Martinique et je me suis installé à Berlin en 2008. Je vous parle de tout ce qui m'inspire, dans le désordre. Evidemment ça concerne surtout l'Allemagne, les Antilles et la France. Parfois de voyages, parfois d'actualité, souvent un peu n'importe quoi.

9 réflexions sur “ Dakar : du sable et de la couleur (et d’autres trucs) ”

    1. Salut Serge,

      En effet il était bien sympa ce policier. Je lui ai poliment demandé si je pouvais le photographier et il a dit oui tout de suite. Après, difficile de généraliser à l’ensemble de la profession… sur mes 1000 photos de Dakar, pas une seule du palais présidentiel 🙁

    1. Hello!

      Ah si je pouvais m’y mettre tout de suite, ce serait excellent. Merci d’être passé par ici. Faut que je me replonge dans l’univers de Mondoblog, ça me fait vachement plaisir de tomber sur vos commentaires. Bon weekend!

  1. très bel article sur Dakar, ma ville et dire que je ne fais jamais attention à tout ce sable. On l’oublie à la longue. Très belles aussi les photos.

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