Archives de catégorie : France

Nous sommes plus nombreux, nous sommes plus forts

Je suis Charlie. Je suis courageux, impertinent et libre. Et je ne suis pas seul.

Nous sommes Charlie. Nous sommes tous Charlie Hebdo. Nous sommes Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré, Mustapha Ourad, Bernard Maris, Michel Renaud, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet et tous les autres. Nous sommes une foule, une multitude. Nous sommes plus nombreux, nous sommes plus forts que les assassins semeurs de mort. Nous sommes plus lucides, nous sommes plus libres que les prédicateurs de rancoeurs, de haine et de peur. Nous sommes plus nombreux, et nous sommes plus forts.

Je suis Myriam. Je suis espiègle, mignonne et rieuse. Et je ne suis pas seule. Continuer la lecture de Nous sommes plus nombreux, nous sommes plus forts

Boko Haram, les esclaves et la Calebasse parlante

« Article 44. – Déclarons les esclaves être meubles, et comme tels entrer en la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers sans préciput ni droit d’aînesse, ni être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni aux retranchements des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort ou testamentaire. »
Le Code noir, 1685-1848.

Il y a plusieurs semaines, à la mi-avril, un détachement de soudards de la secte crapulo-islamiste Boko Haram commettait un nouveau crime insensé dans leur territoire de prédilection au nord du Nigeria, une région habituée de longue date à leurs attaques sanglantes, plus régulières encore que les bourrasques arides et poussiéreuses de l’harmattan pendant la saison sèche. Mais cette fois, au lieu de de piller, de saccager, de torturer et d’un sang impur abreuver leurs sillons comme de routine au nom de leur « foi », ils kidnappèrent, par centaines, des élèves d’un internat de jeunes filles. Quelques semaines plus tard, ils annonçaient leur intention d’« épouser » leurs juvéniles captives, ou alors peut-être de les réduire en esclavage, ce qui dans le fond revient à peu près au même.

#BringBackOurGirls © Gwendolen sur Flickr
#BringBackOurGirls             © Gwendolen sur Flickr

Alors, l’inconcevable se produisit : au lieu de se contrefoutre éperdument des malheurs des Nigérians comme à l’accoutumée, le reste du monde s’émut du sort des jeunes disparues et fit cause commune avec leurs parents angoissés.

#BringBackOurGirls, s’époumonèrent, scandèrent, hashtaguèrent, retweetèrent, likèrent ou placardèrent des milliers de quidams ou de célébrités de par le monde, depuis les salons lambrissés de la Maison Blanche jusques aux ruelles défoncées de Bamako (même si dans ces dernières le Mondoblogueur David Kpelly a cru déceler plus qu’une pointe d’hypocrisie, mais ne nous éparpillons pas). Le monde entier, à l’unisson, fit savoir son écœurement et son indignation face à ce nouveau crime abject des nihilistes de Boko Haram. Ou plutôt…

Le monde entier ? À l’unisson ? Pas tout à fait, car Continuer la lecture de Boko Haram, les esclaves et la Calebasse parlante

L’image de la semaine: le planteur et son serviteur

Lorsque vous déambulez dans les rues de Paris par un pluvieux samedi d’hiver, un petit détour par la rue Montorgueil, dans le 2e arrondissement, peut s’avérer judicieux pour oublier un instant les doigts humides du froid qui vous massent l’échine et la grisaille obstinée qui pèse sur votre âme comme une enclume de chagrin. Dans cette petite rue piétonne, le flâneur se laisse transporter subitement dans un royaume de délices : boucheries, poissonneries, épiceries fines, chocolateries et fromageries se succèdent en une surenchère d’étalages plus appétissants les uns que les autres. L’anarchie olfactive est totale. Enfin, sauf si vous êtes enrhubé à cause de ce temps de berde. Si vous poursuivez votre escale gourmande dans la rue des Petits-Carreaux, tâchez d’arracher vos yeux affamés aux vitrines aguicheuses et parfumées, même s’il vous en coûte : à quelques mètres au-dessus des impacts gluants des fientes de pigeons sur le pavé, au numéro 10 de cette rue, trône une enseigne qui ne manquera pas de vous catapulter instantanément, à travers les mers et les siècles, vers les rivages langoureux des colonies. Oui Missié ! Continuer la lecture de L’image de la semaine: le planteur et son serviteur

Abolir ou ne pas abolir la prostitution ? (1/2)

Le 4 décembre dernier, l’Assemblée Nationale votait à une très nette majorité en faveur de l’abolition de la prostitution en France (plus précisément, pour pénaliser les clients de prostituées). Pour entrer en vigueur, le projet de loi doit encore être approuvé au Sénat. Le vote devrait intervenir au début de cette année, et risque de raviver le débat passionné que nous avonc connu à l’automne. Bien que l’existence de la prostitution (et surtout, de ses conséquences sordides) dans nos sociétés me semble moralement condamnable, j’ai du mal à adhérer aux thèses abolitionnistes et je doute du pragmatisme de ce combat. Je suis donc allé à la rencontre des associations féministes pour y voir clair dans leur argumentaire, et ai pu m’entretenir avec Maudy Piot, psychanaliste et présidente de l’association « Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir » (FDFA).

Maudy Piot, militante féministe et non-voyante.Photo: Yanous.com
Maudy Piot, militante féministe et non-voyante.
Photo: Yanous.com

Berliniquais : Bonjour Mme Maudy Piot, pouvez-vous vous présenter et l’association Femmes pour le dire, Femmes pour agir (FDFA) ?

Maudy Piot : Je suis la présidente et fondatrice de l’association FDFA, que j’ai fondée en 2003. Je suis psychanaliste et je souffre d’une maladie génétique qui m’a rendue aveugle progressivement. J’ai d’ailleurs écrit un livre intitulé Mes yeux s’en sont allés sur le thème de la perte de la vue. Notre association est ouverte à toute personne souffrant de n’importe quel handicap, psychique ou moteur, car nous estimons qu’il est important de ne pas se regrouper uniquement par symptome ou par type de handicap. Nous luttons contre les discriminations qui affectent toutes les personnes handicapées et clamons haut et fort que nous sommes des citoyennes à part entière.

Quelle est la position de l’association FDFA dans le débat actuel visant à pénaliser les clients de prostituées ? Continuer la lecture de Abolir ou ne pas abolir la prostitution ? (1/2)

À Français, Français et demi

Un jour, à 24 ans, j’ai découvert la discrimination à Paris. Tout juste diplômé d’une « grande école », un CDI plutôt bien payé en poche, je cherchais un logement. Jeune, fougueux, optimiste, j’étais loin d’imaginer que la discrimination au logement pouvait concerner quelqu’un comme moi. Comme je me trompais ! Voici des extraits quelque peu retravaillés de la lettre que j’ai écrite, quelques mois après les faits, à la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité), un organisme dont je venais juste de découvrir l’existence.

En cette fin août, mon diplôme en poche, je suis de retour de vacances et je me cherche un nouvel appartement à Paris avant de commencer à travailler en CDI au sein de la société K…. J’aborde cette recherche d’appartement avec confiance : en effet, non seulement je peux faire valoir plusieurs années d’expérience locative à Paris, sans histoire, mais par ailleurs, je pense présenter aux propriétaires particuliers et aux agences immobilières un bon dossier de candidature, susceptible de convaincre rapidement mes interlocuteurs. Ainsi, à chacune de mes visites, je mets en avant ma qualité de jeune diplômé de cette école assez connue, et dans mon dossier figure une copie des pages significatives de mon contrat d’embauche, avec en particulier, la rémunération bien mise en évidence. C’est un salaire suffisant pour payer le loyer du type d’appartement que je recherche (800 € par mois maximum). De plus, je crois mettre toutes les chances de mon côté en me munissant de la garantie de mes parents, documents à l’appui. Mes parents résident et travaillent en Martinique, d’où je suis originaire, et gagnent tous deux un salaire mensuel très correct. Avec un si bon dossier, je suis serein pendant cette rude épreuve qu’est la recherche d’un toit à Paris. Peut-être un peu trop serein ?

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