Archives pour l'étiquette Antilles

Martiniquais, Guadeloupéens, Guyanais : Mondoblog 2014 a besoin de vous !

Cher ami antillais,

Que tu sois de la Martinique ou de la Guadeloupe, c’est à toi que je parle sur ce ton cavalier fraternel. Oui, toi. Et à toi aussi, ami guyanais, bien que tu ne sois pas antillais à proprement parler et que tu sois peut-être un tantinet chatouilleux sur cette épineuse question identitaire. (Entends-tu le bruit imperceptible des oeufs qui menacent dangereusement de craquer sous mes pieds prudents et mal assurés?) Bref, ne nous égarons pas. Un jour, peut-être, nous réglerons ce malentendu, mais pas aujourd’hui.

We Need You For RFI MondoblogLa grande famille RFI Mondoblog recrute de nouveaux membres pour la prochaine saison. Et c’est maintenant que ça se passe ! Mondoblog, est-il vraiment nécessaire de le rappeler, c’est depuis 2010 la plus grande plateforme de blogs francophones dans le monde. Nous sommes quelques centaines, aujourd’hui 350 selon les chiffres sanctionnés par les Grands Chefs, à bloguer dans la langue de Molière, et approximations plus ou moins réussies, aux quatre coins de notre planète résolument sphérique. On y retrouve tous les profils, toutes les origines, et tous les sujets, abordés librement dans le style propre à chaque auteur. C’est vraiment un projet captivant. Mais qui sommes-nous? Voici un petit aperçu : Continuer la lecture de Martiniquais, Guadeloupéens, Guyanais : Mondoblog 2014 a besoin de vous !

Boko Haram, les esclaves et la Calebasse parlante

« Article 44. – Déclarons les esclaves être meubles, et comme tels entrer en la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers sans préciput ni droit d’aînesse, ni être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni aux retranchements des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort ou testamentaire. »
Le Code noir, 1685-1848.

Il y a plusieurs semaines, à la mi-avril, un détachement de soudards de la secte crapulo-islamiste Boko Haram commettait un nouveau crime insensé dans leur territoire de prédilection au nord du Nigeria, une région habituée de longue date à leurs attaques sanglantes, plus régulières encore que les bourrasques arides et poussiéreuses de l’harmattan pendant la saison sèche. Mais cette fois, au lieu de de piller, de saccager, de torturer et d’un sang impur abreuver leurs sillons comme de routine au nom de leur « foi », ils kidnappèrent, par centaines, des élèves d’un internat de jeunes filles. Quelques semaines plus tard, ils annonçaient leur intention d’« épouser » leurs juvéniles captives, ou alors peut-être de les réduire en esclavage, ce qui dans le fond revient à peu près au même.

#BringBackOurGirls © Gwendolen sur Flickr
#BringBackOurGirls             © Gwendolen sur Flickr

Alors, l’inconcevable se produisit : au lieu de se contrefoutre éperdument des malheurs des Nigérians comme à l’accoutumée, le reste du monde s’émut du sort des jeunes disparues et fit cause commune avec leurs parents angoissés.

#BringBackOurGirls, s’époumonèrent, scandèrent, hashtaguèrent, retweetèrent, likèrent ou placardèrent des milliers de quidams ou de célébrités de par le monde, depuis les salons lambrissés de la Maison Blanche jusques aux ruelles défoncées de Bamako (même si dans ces dernières le Mondoblogueur David Kpelly a cru déceler plus qu’une pointe d’hypocrisie, mais ne nous éparpillons pas). Le monde entier, à l’unisson, fit savoir son écœurement et son indignation face à ce nouveau crime abject des nihilistes de Boko Haram. Ou plutôt…

Le monde entier ? À l’unisson ? Pas tout à fait, car Continuer la lecture de Boko Haram, les esclaves et la Calebasse parlante

À Français, Français et demi

Un jour, à 24 ans, j’ai découvert la discrimination à Paris. Tout juste diplômé d’une « grande école », un CDI plutôt bien payé en poche, je cherchais un logement. Jeune, fougueux, optimiste, j’étais loin d’imaginer que la discrimination au logement pouvait concerner quelqu’un comme moi. Comme je me trompais ! Voici des extraits quelque peu retravaillés de la lettre que j’ai écrite, quelques mois après les faits, à la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité), un organisme dont je venais juste de découvrir l’existence.

En cette fin août, mon diplôme en poche, je suis de retour de vacances et je me cherche un nouvel appartement à Paris avant de commencer à travailler en CDI au sein de la société K…. J’aborde cette recherche d’appartement avec confiance : en effet, non seulement je peux faire valoir plusieurs années d’expérience locative à Paris, sans histoire, mais par ailleurs, je pense présenter aux propriétaires particuliers et aux agences immobilières un bon dossier de candidature, susceptible de convaincre rapidement mes interlocuteurs. Ainsi, à chacune de mes visites, je mets en avant ma qualité de jeune diplômé de cette école assez connue, et dans mon dossier figure une copie des pages significatives de mon contrat d’embauche, avec en particulier, la rémunération bien mise en évidence. C’est un salaire suffisant pour payer le loyer du type d’appartement que je recherche (800 € par mois maximum). De plus, je crois mettre toutes les chances de mon côté en me munissant de la garantie de mes parents, documents à l’appui. Mes parents résident et travaillent en Martinique, d’où je suis originaire, et gagnent tous deux un salaire mensuel très correct. Avec un si bon dossier, je suis serein pendant cette rude épreuve qu’est la recherche d’un toit à Paris. Peut-être un peu trop serein ?

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Réflexions sur la mémoire de l’esclavage

Aujourd’hui, c’est le 22 mai. La Martinique commémore l’abolition de l’esclavage, entrée en vigueur en 1848 après des décennies de luttes et de revirements. À cette occasion, inspiré par la démarche de Mylène, je me permets de retravailler et de publier un billet que j’avais écrit dans mon autre blog, le 27 mai 2011, jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe, suite à un énième débat empoisonné lancé par la droite conservatrice à propos du discret hommage national du 10 mai. Vous suivez?

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Depuis 2006, la France commémore le 10 mai de chaque année l’abolition de l’esclavage dans ses colonies, survenue en 1848. La célébration de ce moment historique, où le pays qui se vante volontiers être la « patrie des Droits de l’Homme » s’est réconcilié avec ses idéaux de liberté et d’égalité, est invariablement saluée par les polémiques lancées par une certaine droite.

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J’ai du mal à comprendre pourquoi notre pays est à ce point fâché avec sa propre histoire. Aux Antilles, nous sommes élevés dans la mémoire de ces temps révolus, dont plus aucun survivant ne peut témoigner puisque l’abolition définitive remonte au printemps 1848, soit tout de même 27 ans avant la naissance de Jeanne Calment, ou encore juste après la circoncision de Mathusalem. Alors, est-ce à dire que c’est un épisode passé sans aucune importance, à jeter sans plus tarder aux poubelles de l’histoire? Bien évidemment, non. Aux Antilles, en Guyane, et dans une mesure un peu moindre, à la Réunion, la question tombe sous le sens : nos sociétés sont nées de la colonisation européenne et de l’esclavage. Notre peuple, notre culture, notre cuisine et notre langue créoles n’existeraient probablement pas s’il n’y avait pas eu deux siècles de traite négrière pour soutenir l’économie de ces colonies insulaires et si l’esclavage y avait été interdit comme dans d’autres colonies, comme la Nouvelle-France par exemple, ou bien entendu comme il l’était en France même. Cette tragédie, ayant donné naissance aux peuples antillais et guyanais, revêt donc une importance toute particulière, bien plus que le servage, cet “équivalent” bien commode mais un peu paresseux, souvent utilisé par les détracteurs de la commémoration de l’abolition, et dont l’idée de base se résume ainsi : “Ah oui bah nous aussi les gentils blancs, nous avons des ancêtres qui ont souffert, ils étaient des serfs, et le servage, c’est maaaaaal mais nous on est cool avec ça et on ne la ramène pas toutes les cinq minutes pour autant, alors s’il vous plaît les noirs, bouclez-la et puis d’ailleurs restez chez vous”. Le peuple français existerait aujourd’hui, même si le servage n’avait jamais existé. Le peuple antillo-guyanais tel que nous le connaissons, sûrement pas, s’il n’y avait pas eu l’esclavage. Demander aux Antillais d’arrêter de “la ramener”, de cesser de “regarder vers le passé”, “d’aller de l’avant”, etc., c’est comme demander aux Européens et aux autres peuples du monde d’oublier la moitié de leur héritage historique sous prétexte qu’il les empêcherait “d’aller de l’avant”. Ben voyons.

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Famille traditionnelle antillaise ou «mariage pour tous» ?

Depuis quelques jours, le débat sur le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, un débat que les Antillais suivaient jusqu’ici de loin, avec peut-être un brin d’incrédulité et de dégoût, a pris en Martinique une dimension toute particulière. En effet, le 30 janvier, le député divers-gauche de la deuxième circonscription de la Martinique et maire de la commune de Sainte-Marie (19.000 habitants) a pris la parole à l’Assemblée Nationale et a proclamé haut et fort son rejet ferme de ce projet de mariage homosexuel et son intention de voter contre, bien qu’il ait jusqu’ici, souligne-t-il, «soutenu tous les projets et engagements de la Gauche». Le discours, visionné des centaines de milliers de fois sur Internet, et amplement relayé sur la plupart des médias opposés au «mariage pour tous», a fait date dans ce débat, résonnant bien au-delà des rivages ensoleillés baignés d’eau turquoise où tout ce qui a trait aux Antilles reste habituellement confiné, dans l’indifférence générale des médias et de nos compatriotes hexagonaux. Du moins est-ce le sentiment qui prévaut en Martinique et en Guadeloupe.
Le député Bruno Nestor Azérot le 30 janvier à l’Assemblée

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